Pédiatrie · Article M4

Comment détecter un strabisme chez son enfant ?

Validation médicale. Article relu et validé par le Dr Damya Bennai, médecin ophtalmologue, le . Prochaine relecture programmée : mai 2027.

Les signes d’alerte par âge, l’importance du dépistage précoce, les tests parentaux, le déroulement de la consultation et les traitements du strabisme de l’enfant.

En résumé

Un strabisme intermittent jusqu’à 4 mois est physiologique. Au-delà, toute déviation oculaire persistante justifie une consultation ophtalmologique sans attendre. Le dépistage précoce est essentiel — la plasticité cérébrale visuelle s’achève vers 6-8 ans. Le diagnostic repose sur l’examen clinique (test de l’écran, reflet cornéen, motilité oculaire) et la réfraction sous cycloplégie. Le traitement associe correction optique, rééducation orthoptique et, dans certains cas, chirurgie des muscles oculo-moteurs. Le pronostic dépend directement de la précocité de la prise en charge.

Qu’est-ce qu’un strabisme ?

Le strabisme désigne une déviation oculaire qui empêche les deux yeux de fixer simultanément le même point. Au lieu de converger sur l’objet d’intérêt, un œil reste droit pendant que l’autre dévie. La déviation peut être convergente (œil qui part vers l’intérieur — ésotropie), divergente (vers l’extérieur — exotropie), verticale ou rotatoire. Elle peut concerner un œil de façon constante, alterner entre les deux yeux, ou apparaître par moments (strabisme intermittent).

Chez le nourrisson de moins de 4 mois, des phases de strabisme intermittent sont normales — l’oculomotricité achève sa coordination pendant les premiers mois. Au-delà, toute déviation persistante doit être considérée comme pathologique jusqu’à preuve du contraire et conduire à une consultation ophtalmologique. L’attentisme parental ou le simple report à la consultation systématique des 9 mois n’est pas justifié face à un strabisme constant.

Les signes d’alerte par âge

De 0 à 4 mois

Une certaine instabilité oculaire est normale. Les phases de strabisme intermittent sont fréquentes. Aucune action particulière, sauf en cas de déviation oculaire constante ou de comportement visuel anormal (absence de poursuite, leucocorie, nystagmus).

De 4 à 12 mois

L’oculomotricité est stabilisée. Toute déviation oculaire persistante justifie une consultation ophtalmologique. Les signes d’appel incluent :

De 1 à 3 ans

Le développement de la vision binoculaire est en pleine phase critique. Tout strabisme — y compris intermittent — doit être pris en charge. Les signes parentaux observés sont :

De 3 à 6 ans

Période du dépistage scolaire et du bilan ophtalmologique des 3 ans. Tout strabisme nouvellement apparu, tout strabisme persistant, toute amblyopie suspectée doit conduire à une consultation. Les signes d’appel s’étoffent :

Après 6 ans

La plasticité cérébrale visuelle s’achève entre 6 et 8 ans. Au-delà, le pronostic de récupération diminue. Tout strabisme nouvellement apparu à cet âge — surtout s’il s’accompagne de diplopie (vision double), de céphalées ou de signes neurologiques — impose une consultation urgente pour exclure une cause médicale ou neurologique.

Les outils de dépistage parental

Plusieurs tests simples permettent aux parents et aux soignants de proximité de suspecter un strabisme. Aucun de ces tests ne remplace l’examen ophtalmologique, mais ils peuvent justifier une consultation.

Le reflet cornéen

Faire briller une lampe (lampe torche ou téléphone) à 50 cm du visage de l’enfant et observer le reflet sur la cornée des deux yeux. Le reflet doit être centré au même endroit sur les deux yeux (légèrement en dedans du centre pupillaire). Une asymétrie du reflet entre les deux yeux fait suspecter un strabisme.

Le test de l’écran

Demander à l’enfant de fixer un objet (jouet) à 50 cm. Cacher un œil avec la main pendant 2-3 secondes, puis retirer rapidement. Observer si l’œil découvert effectue un mouvement de re-fixation. Recommencer avec l’autre œil. Un mouvement de re-fixation signe une déviation latente (phorie) ou un strabisme.

L’observation photographique

Les photographies au flash sont précieuses. Une leucocorie (pupille blanche), une asymétrie des reflets cornéens ou une déviation manifeste apparaissent souvent sur les photos avant d’être repérées en vie quotidienne. Conserver les photos et les apporter à la consultation.

Le diagnostic ophtalmologique

La consultation pédiatrique débute par un échange détaillé avec les parents : antécédents périnataux, étapes du développement psychomoteur, antécédents familiaux de strabisme ou d’amblyopie, motifs d’inquiétude actuels. L’examen ophtalmologique comprend :

  1. Mesure de l’acuité visuelle adaptée à l’âge (pictogrammes, lettres LH, échelle ETDRS).
  2. Examen des reflets cornéens et test de l’écran.
  3. Examen de la motricité oculaire dans les 9 positions du regard.
  4. Réfraction sous cycloplégie par instillation d’atropine ou de cyclopentolate — indispensable pour mesurer la réfraction réelle de l’enfant.
  5. Examen du fond d’œil dilaté pour rechercher une cause organique au strabisme.
  6. Évaluation de la binocularité : test de Lang, test de Wirt, test de Bagolini selon l’âge.

Le traitement du strabisme

Le traitement du strabisme est multimodal et adapté à chaque enfant. Trois axes thérapeutiques sont mobilisés selon les cas :

La correction optique

Un défaut réfractif (hypermétropie, astigmatisme) peut être à l’origine ou aggraver un strabisme accommodatif. Sa correction par lunettes peut, à elle seule, réduire ou supprimer la déviation. Les lunettes sont portées en permanence, y compris à la maison.

La rééducation orthoptique

Sur prescription médicale, des séances de rééducation orthoptique renforcent la coordination oculaire et la binocularité. Elles s’adressent particulièrement aux insuffisances de convergence et aux strabismes intermittents.

La chirurgie des muscles oculo-moteurs

Lorsque la correction optique et l’orthoptie sont insuffisantes, ou en cas de strabisme constant à grand angle, la chirurgie des muscles oculo-moteurs est indiquée. Elle modifie l’insertion des muscles sur le globe pour rééquilibrer la motilité. Réalisée en ambulatoire sous anesthésie générale chez l’enfant, sa durée est de 30 à 60 minutes. La récupération est rapide : reprise des activités courantes en quelques jours.

Le pronostic

Le pronostic du strabisme dépend étroitement de la précocité du diagnostic et du traitement. Avant 6 ans, les chances de récupération binoculaire complète sont élevées. Au-delà de 8-10 ans, le pronostic diminue : l’angle peut être normalisé par chirurgie mais la fusion binoculaire et la stéréoscopie peuvent rester limitées.

L’information délivrée en consultation est factuelle. Aucune promesse de résultat n’est formulée. Le médecin est tenu à une obligation de moyens, conformément à l’article R.4127-32 du Code de la santé publique.

Sources scientifiques

Questions fréquentes

À partir de quel âge un strabisme est-il anormal ?

Avant 4 mois, des phases de strabisme intermittent sont normales. Au-delà, toute déviation persistante est anormale et justifie une consultation ophtalmologique sans attendre.

Mon enfant louche par moments. Est-ce un strabisme ?

Un strabisme intermittent au-delà de 4 mois doit être évalué par un ophtalmologue. Même intermittent, il peut affecter le développement de la vision binoculaire si non traité avant 6-8 ans.

Le strabisme peut-il disparaître spontanément ?

Un strabisme constant ne disparaît pas spontanément. Un strabisme accommodatif peut être supprimé par la correction optique seule. L’examen ophtalmologique précise l’origine et oriente le traitement.

Comment puis-je tester moi-même mon enfant ?

Le test du reflet cornéen (lampe à 50 cm) et l’observation des reflets sur les photos au flash sont des indices accessibles aux parents. Toute asymétrie justifie une consultation.

Le traitement du strabisme nécessite-t-il toujours une chirurgie ?

Non. La correction optique adaptée et la rééducation orthoptique suffisent dans une majorité de cas. La chirurgie est indiquée en cas de strabisme constant à grand angle ou d’échec du traitement médical.

À partir de quel âge peut-on opérer un strabisme ?

L’indication chirurgicale peut être posée dès 1 à 2 ans pour les strabismes constants. La chirurgie peut être réalisée à tout âge si elle est indiquée. Plus elle est précoce, meilleur est le pronostic binoculaire.

Quels sont les risques de ne pas traiter un strabisme ?

Un strabisme non traité avant 6-8 ans peut entraîner une amblyopie (baisse de vision irréversible) et la perte de la vision binoculaire. La récupération devient difficile au-delà de la période critique.

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