Ophtalmologie générale · Article M5

Glaucome : la maladie silencieuse de l’œil après 40 ans

Validation médicale. Article relu et validé par le Dr Damya Bennai, médecin ophtalmologue, le . Prochaine relecture programmée : mai 2027.

Le glaucome chronique progresse sans douleur ni baisse de vue précoce. Son dépistage à partir de 40 ans repose sur la mesure de la pression intra-oculaire, l’OCT et le champ visuel.

En résumé

Le glaucome chronique à angle ouvert est asymptomatique jusqu’à un stade avancé. Il atteint le nerf optique et le champ visuel, sans douleur ni baisse d’acuité centrale précoce. C’est la deuxième cause de cécité dans le monde. Son dépistage à partir de 40 ans repose sur la mesure de la pression intra-oculaire, l’examen du nerf optique et, selon le contexte, le champ visuel automatisé et la tomographie par cohérence optique (OCT). Le traitement, médical en première intention, ralentit la progression mais ne récupère pas les déficits acquis. D’où l’intérêt d’un diagnostic précoce.

Pourquoi le glaucome est-il appelé « maladie silencieuse » ?

Le glaucome chronique à angle ouvert progresse pendant des années sans symptôme perçu par le patient. La douleur est absente — l’élévation de pression intra-oculaire chronique n’est pas douloureuse. La baisse de vue est tardive — elle survient lorsque le champ visuel central est atteint, à un stade où une part importante du nerf optique a déjà été détruite. La perte progresse depuis la périphérie vers le centre, et le cerveau compense longtemps par l’autre œil et par les déductions visuelles automatiques.

Cette progression silencieuse rend le dépistage particulièrement important. À l’inverse du glaucome aigu par fermeture de l’angle — qui se manifeste par une douleur intense et une baisse de vue brutale et constitue une urgence — le glaucome chronique reste invisible jusqu’au moment où des lésions définitives sont déjà installées.

Qu’est-ce que le glaucome ?

Le glaucome désigne un ensemble de neuropathies optiques caractérisées par une destruction progressive des fibres nerveuses du nerf optique, associée à un déficit du champ visuel. Le facteur de risque principal est l’élévation de la pression intra-oculaire, mais le glaucome peut exister à pression normale (glaucome à pression normale, 20 à 30% des cas).

L’humeur aqueuse, liquide produit dans la chambre postérieure de l’œil, circule entre le cristallin et l’iris, passe en chambre antérieure puis est évacuée par l’angle iridocornéen. Lorsque l’évacuation est ralentie, la pression intra-oculaire augmente et exerce une contrainte mécanique sur le nerf optique au niveau de la papille. Cette contrainte, associée à des facteurs vasculaires et génétiques, entraîne la perte progressive des fibres nerveuses.

Les facteurs de risque du glaucome

Plusieurs facteurs augmentent le risque de développer un glaucome chronique. Leur présence justifie un dépistage anticipé.

À partir de quel âge se faire dépister ?

Les sociétés savantes d’ophtalmologie recommandent un dépistage à partir de 40 ans, à renouveler selon le profil :

Recommandations de fréquence de dépistage du glaucome.
ProfilPremier dépistageFréquence ultérieure
Sujet sans facteur de risqueÀ 40 ansTous les 2 à 3 ans, puis annuellement après 60 ans
Antécédent familial directÀ 35 ansTous les 1 à 2 ans
Origine africaineÀ 35 ansTous les 1 à 2 ans
Forte myopieÀ 30 ansAnnuel
DiabèteDès le diagnosticAnnuel (fond d’œil + tonométrie)
Corticothérapie prolongéeAvant et pendantTous les 3 à 6 mois

Comment se déroule l’examen de dépistage ?

L’examen de dépistage du glaucome au cabinet associe plusieurs gestes complémentaires :

  1. Mesure de la pression intra-oculaire au tonomètre — geste rapide et indolore.
  2. Examen du segment antérieur à la lampe à fente — analyse de l’angle iridocornéen et de l’aspect du cristallin.
  3. Examen du fond d’œil — analyse de la papille du nerf optique, recherche d’une excavation pathologique, examen des vaisseaux rétiniens.
  4. Tomographie par cohérence optique (OCT) de la papille — mesure quantitative de l’épaisseur des fibres nerveuses péri-papillaires (RNFL) et de la couche des cellules ganglionnaires (GCL).
  5. Champ visuel automatisé — examen fonctionnel détectant les déficits du champ visuel.

Le traitement du glaucome

Le traitement vise à abaisser la pression intra-oculaire pour ralentir la destruction du nerf optique. Trois lignes thérapeutiques se succèdent ou s’associent.

Le traitement médical par collyres

Première ligne de traitement. Plusieurs classes pharmacologiques : analogues des prostaglandines, bêta-bloquants, inhibiteurs de l’anhydrase carbonique, alpha-2 agonistes, sympathomimétiques. Le traitement est administré quotidiennement, parfois deux fois par jour, à long terme. L’observance est un enjeu majeur du suivi.

Le traitement laser

La trabéculoplastie sélective au laser (SLT) est proposée en complément du traitement médical, ou en alternative chez les patients intolérants. Geste de 5 à 10 minutes en consultation, indolore, qui améliore l’évacuation de l’humeur aqueuse au niveau du trabéculum. L’iridotomie périphérique au laser YAG est réservée au glaucome par fermeture de l’angle.

La chirurgie filtrante

Indiquée en cas d’échec du traitement médical et laser. La trabéculectomie ou la sclérectomie profonde non perforante créent une voie de drainage de l’humeur aqueuse. Réalisée en ambulatoire sous anesthésie locale, durée 45 à 60 minutes. Le suivi post-opératoire est rapproché les premières semaines.

Le suivi à long terme

Le glaucome est une maladie chronique nécessitant un suivi régulier toute la vie. Les contrôles comprennent la mesure de la pression intra-oculaire, l’examen de la papille, l’OCT papille et le champ visuel. Leur fréquence varie de 3 à 12 mois selon la stabilité et la sévérité.

L’observance du traitement par collyres est cruciale. Un patient qui interrompt son traitement pendant plusieurs mois reprend l’évolution là où elle s’était arrêtée — les déficits acquis ne récupèrent pas. La discussion avec le médecin sur les contraintes du traitement, ses effets secondaires éventuels et les solutions d’optimisation est utile à chaque consultation.

Sources scientifiques

Questions fréquentes

À partir de quel âge se faire dépister pour le glaucome ?

Dès 40 ans en l’absence de facteur de risque, dès 35 ans en cas d’antécédent familial ou d’origine africaine, dès 30 ans en cas de forte myopie. Le diabète impose un suivi annuel quel que soit l’âge.

Le glaucome est-il douloureux ?

Le glaucome chronique à angle ouvert — la forme la plus fréquente — est asymptomatique. Le glaucome aigu par fermeture de l’angle, beaucoup plus rare, est en revanche très douloureux et constitue une urgence.

Peut-on guérir d’un glaucome ?

Non. Le glaucome est une maladie chronique. Le traitement ralentit la progression mais ne récupère pas les déficits acquis. Un diagnostic précoce et une bonne observance permettent de stabiliser la maladie pour toute la vie.

Les collyres du glaucome ont-ils des effets secondaires ?

Oui, comme tout médicament. Les analogues des prostaglandines peuvent foncer la couleur de l’iris, allonger les cils, irriter la conjonctive. Les bêta-bloquants peuvent ralentir le cœur. Le médecin évalue le rapport bénéfice/risque et adapte le traitement.

Comment savoir si je suis à risque de glaucome ?

Les facteurs principaux sont l’âge > 40 ans, les antécédents familiaux de glaucome, l’origine africaine, la forte myopie, le diabète, l’hypertension artérielle, et une corticothérapie prolongée. Un dépistage adapté au profil est recommandé.

La chirurgie du glaucome est-elle systématique ?

Non. La chirurgie n’intervient qu’après échec du traitement médical et laser. Elle est indiquée pour environ 10 à 15% des patients glaucomateux au cours de leur vie.

Le glaucome est-il héréditaire ?

Il existe une composante génétique. Un parent au premier degré atteint multiplie le risque par 4 à 9. Les frères et sœurs et les enfants d’une personne atteinte doivent être dépistés à partir de 35-40 ans.

Quels examens permettent de dépister le glaucome ?

Le dépistage repose sur la mesure de la pression intra-oculaire, l’examen du nerf optique à la lampe à fente, la tomographie par cohérence optique (OCT) de la papille et le champ visuel automatisé. Les quatre examens sont complémentaires.

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